Bulletin de Psychiatrie
Paris le 4 décembre 1994Des principes
Mots clefsArgumentation
1. Premier principe: la clinique psychiatrique requiert une réflexion épistémologique de tous les instants.
Il existe un cercle de l'excellence psychiatrique. Nous nous représentons ainsi le paradigme de la bonne psychiatrie: il n'est point de bonne psychiatrie qui ne soit attentive aux neurosciences aussi bien qu'à la psychanalyse. En dehors de cette équation lapidaire existent certes une infinité de cénacles, de cartels et de brillants esprits mais que la clinique psychopathologique en réalité laisse indifférents.
2. Deuxième principe: introduire la psychiatrie dans le nouveau paysage planétaire de la pensée.
Il n'est pas sain de se laisser enfermer dans une sorte de provincialisme étroit et suranné. Il fallait impérativement un effort de publication en langue française sur un média actuellement anglo-américain en quasi totalité. Les communautés médicales et psychiatriques françaises doivent être capables de prendre pied sur la navette de la galaxie internet.
La télématique devient désormais un instrument d'échange scientifique d'une importance aussi grande que le fut en son temps la découverte de l'imprimerie. La télématique comme l'imprimerie au 15ème siècle modifiera la forme et la nature du discours scientifique.
3. Troisième principe: une psychiatrie synthétique et syncrétique.
Le psychiatre doit posséder une capacité de survoler un champ assez vaste qui s'étend de la psychopharmacologie à la psychanalyse. Je suis toujours surpris de lire une presse médicale psychiatrique entièrement et exclusivement consacrée à des micro-spécialités. Il existe désormais, le sait-on, des spécialistes qui ne font que des psychanalyses d'enfants entre 3 et 13 ans et rien d'autre! D'autres ne connaissent du cerveau que les neurotransmetteurs et les psychotropes qui les animent. Peut-on ainsi, devant un patient qui présente des troubles psychiques, disséquer son âme en secteurs isolés, indépendants les uns des autres? Je ne le crois pas.
Le contenu des articles du bulletin obéit aux principes fondamentaux qui nourrissent ma conception de la psychiatrie. La psychiatrie, spécialité médicale, sera synthétique et syncrétique ou ne sera pas. Elle requiert la coalescence, la conjonction de ses sources fondamentales: la nosologie psychiatrique, la pharmacologie, la psychanalyse et la science de l'institution psychiatrique.
La psychanalyse et les psychothérapies, quant à elles, susciteront certainement après l'an 2000 de nombreuses réflexions épistémologiques qui seront abordées dans la perspective des herméneutiques des figures de la vie mentale.
4. Quatrième principe: des moments philosophiques décisifs jalonnent l'histoire de la psychiatrie.
Le psychiatre qui se prive de cette étude s'expose au risque majeur qui sans cesse menace sa pratique et sa réflexion: le dogmatisme. Le syncrétisme est nécessaire mais il n'est pas suffisant. Nous avons aussi besoin d'une réflexion épistémologique. Entre neurosciences et pensée psychanalytique persiste une discordance que faute de mieux je nommerais: "La conscience malheureuse du psychiatre contemporain". On ne peut pas dissocier les acquis de la nosologie psychiatrique, de la psychanalyse et de la biochimie des neurotransmetteurs. L'éparpillement et la multiplication des micro-spécialités est certainement dommageable à la psychiatrie. De cette discordance résulte une incapacité collective d'examiner la substance vive de la clinique psychiatrique.
5. Cinquième principe: le primat de la clinique.
Bien que je souhaite écarter les idéologies scientifiques étroites, rigides et dogmatiques qui ont envahi la spécialité, je ne peux pas cependant en décréter l'inanité. Aucune pensée scientifique n'est à l'abri de la constitution de systèmes de pensée dogmatiques. La bonne science avance comme la bonne politique: le meilleur des systèmes est celui qui ne se pare pas des vertus de l'infaillibilité. Nous écrivons ce bulletin sous le primat de la clinique et de la recherche et nous nous prévalons d'une philosophie des sciences que Popper a fort bien illustrée.
6. Sixième principe: la téléoanalyse.
La vigilance scientifique est encore plus nécessaire en face des développements récents de la clinique. Parmi les derniers avatars de la psychiatrie l'immense développement des neurosciences ne doit pas occulter les progrès des techniques psychothérapiques en faveur des psychotiques et des borderlines. L'histoire de la psychanalyse est étroitement liée à celle de la psychiatrie. Il faut sans cesse adapter la thérapie analytique aux nouvelles données de la science. Des influences croisées de la psychanalyse freudienne et des phénoménologues du temps présent ont donné de grands résultats. Ainsi trouve-t-on dans la pensée phénoménologique un modèle téléologique de la conscience capable de donner un contenu acceptable à l'idée vide de projet existentiel. La psychanalyse met à jour une archéologie thématisée de l'inconscient. Mais il existe aussi une téléologie non thématisée du devenir conscient. Je préconise pour ma part, dans les pathologies difficiles, celles des psychotiques et des borderlines, une technique psychanalytique que je nomme téléoanalyse.
Bulletin of Psychiatry
I intend to publish a Bulletin of Psychiatry. This bulletin follows psychiatric principles or rules. I wanted to be the first to publish a Bulletin of Psychiatry in French on Internet. This was performed on Compuserve, on October 30th 1994, in the medical forum Medsig Forum, in the library, section General/Profess. Under the name "Bulletin de Psychiatrie", the publication will be yearly or half-yearly. This Bulletin relies on two strong principles:
An ideology or rather an epistemological reflection on psychiatry. The basic idea is that of a company for psychiatric excellence, and the first paradigm I can think of is that he is not a psychiatrist he who is not utterly attentive to neuroscience as well as to psychoanalysis. An apart from this simple equation, there are numerous circles, cartels and brilliant minds who are simply indifferent to clinical psychopathology.
The second prerequisite is to be involved in the new world-wide environment of thinking. Computer communications is already as important for scientific exchange as was printing when it was first discovered.
It is unhealthy to remain locked within a narrow and obsolete "provincialism". Computer communications, as well as printing in the 15th century, has opened new ways to teaching and education.
Information and training have gained a new meaning (broadened their scope): information for all, by all, will participate in professional training as much as scientific publications.

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